Réflexion du Curé de Saint-Sulpice: « Urgence carême »


Ce mercredi matin, nous
préparions le rite des
Cendres et l’entrée en carême.
Je ressentais un sentiment
d’urgence.
Je pensais à l’actualité.
Comme chrétiens, quand les
incertitudes sont grandes,
nous voudrions donner
l’exemple de la sérénité. Mais notre foi ne nous protège ni des
inquiétudes, ni même de la colère.
Comment garder l’espoir ? Comment être des serviteurs de
la paix ? Ne pas renoncer à la fraternité ?
Le carême est urgent parce que nous en avons besoin pour
retrouver la paix de l’âme, sans laquelle nous ne ferons rien de
bon.
On trouve dans les kiosques des magazines qui prétendent enseigner
comment survivre. Titres aperçus sur une première
page : « Comment protéger sa famille » et « Comment se dé-
placer en terrain hostile ». La nouvelle mode est de se préparer
à l’apocalypse. On s’y prend bien mal.
Illustration de 1re page : DUCCIO, la Tentation du Christ (vers 1310).
Le « kit de survie » dont nous avons besoin, c’est un renouveau
intérieur. Jérémie disait « un cœur nouveau ».
Le carême est très précisément fait pour cela.
Je repense au curé Olier. En 1645, trois ans après son arrivée
à Saint-Sulpice, il s’était fait beaucoup d’ennemis. Il avait
contre lui la coalition de ceux qui ne veulent jamais rien changer.
On l’a alors attaqué très violemment. Il y eut une véritable
émeute. Il fut molesté.
Les avanies qu’il a subies alors auraient pu le détruire. Il n’en
fut rien. Il n’avait pas toujours été un homme très sûr de lui,
mais il était progressivement devenu un homme à la très profonde
vie spirituelle. Il avait su imiter saint Paul : « Je vis, mais
ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
Son secret se résumait dans une prière : « Ô Jésus, vivant en
Marie, venez en moi. »
Cela me fait penser au pape François. On déforme ses propos.
On publie des livres contre lui. On le présente comme un naïf.
Un grand nombre de ses collaborateurs mettent la plus grande
mauvaise volonté à faire ce qu’il demande. Il reste bienveillant
et déterminé. Il n’a pas perdu son sourire.
Mercredi, La Croix titrait : « Un Carême très politique ». Oui,
c’est inévitable, mais j’oserai dire que nous avons surtout besoin
d’un carême « mystique ». Cela signifie : un carême pour
entrer plus profondément dans le « mystère » du Christ.
Dans son amour : divin, invincible.
Dans sa liberté. Dans sa confiance.
Comme saint Paul. Comme Olier. Comme François.
L’urgence première est là.
Père Jean-Loup Lacroix
5 mars 2017