Avis de décès: M. Jean HARROUET, PSS

Le Père Jean HARROUET est décédé le 20 janvier 2019 au Puy-en-Velay. Il avait 98 ans.
Né le 12 mai 1920 à Pont Saint-Martin (diocèse de Nantes), voici quelques éléments de sa vie:

– 1931-1934 : Études secondaires au Petit Séminaire de Guérande (Nantes) –
– 1934-1938 : Études secondaires au Petit Séminaire Notre-Dame des Couëts (Nantes)
– 1938-1943 : Séminaire Saint-Jean de Nantes Ordonné prêtre le 29 juin 1944 pour le diocèse de Nantes, le P. Harrouet a été pris en charge par la Compagnie en 1944 (Solitude 1943-1944).
– 1944-1946 : Études théologiques à l’Institut Catholique de Paris
– 1946 : Doctorat en Théologie
– 1946-1954 : Séminaire de Clermont (Morale)
– 1954-1957 : Séminaire de la Mission de France de Pontigny (Morale)
– 1957-1960 : Séminaire Saint-Irénée de Lyon (Dogme)
– 1960-1979 : Supérieur du Grand Séminaire du Puy
– 1979-2014 : Délégué épiscopal à la Vie consacrée puis Délégué diocésain à l’état religieux (Le Puy)
– 2014-2015 : Maison Le Clos de Beauregard à Chadrac (Le Puy).
– 2015 : Maison Nazareth (Le Puy)

Ses funérailles sont célébrées à la cathédrale du Puy le vendredi 25 janvier 2019 à 14h30.

A l’occasion de ses 90 ans, il avait donné le témoignage suivant:

VIVRE UN DON DE DIEU

Le Père HARROUET est au Puy depuis 1960 et il ne laisse pas paraître ses 90 ans ! D’emblée, quand il nous a reçu il a déclaré : « Je n’aime pas les témoignages ! Un vrai témoin témoigne par toute sa vie et non par des mots. » Pourtant il s’est bien volontiers prêté au jeu des souvenirs pour nous parler de sa vocation de prêtre au service des prêtres… et des religieuses.

J’ai toujours voulu être prêtre
Ma vocation est un don de Dieu, un appel auquel je n’ai sans doute pas toujours répondu comme il aurait fallu.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être prêtre. Sans doute ma mère m’en avait-elle parlé, mais je ne m’en souviens pas. En revanche, j’avais trois tantes Religieuses, une Franciscaine Missionnaire de Marie et deux Petites Sœurs des Pauvres : je sais qu’elles ont prié pour moi. Au cours du séminaire, j’ai parfois pensé être trappiste à La Mailleraie… et partir après servir dans un séminaire d’Afrique !
Que ce soit dans ma paroisse natale ou au petit et au grand séminaire, j’ai apprécié les prêtres que j’ai rencontrés. Quand je suis entré au grand séminaire, j’avais une peur : à la suite de mes études classiques, pour mes possibilités en math, je craignais que l’on me demande plus tard de devenir professeur en cette matière. Mais j’y rencontrais des prêtres qui s’occupaient des prêtres et c’est là que j’ai découvert ma vocation de sulpicien.

Être prêtre pour les chrétiens
J’ai été très marqué par le supérieur du Séminaire de Nantes : le Père PINEAU. C’était à la fois un poète et un mystique, grand connaisseur de l’école française de spiritualité. J’ai toujours retenu une phrase de lui que je répète souvent : « La prière est un grand fleuve qui sort du cœur du Christ, et sur les eaux duquel, tels des fétus de paille, nous nous jetons pour nous laisser entraîner jusqu’à l’océan de Dieu ! » Il nous faisait régulièrement, comme alors, des « lectures spirituelles » : nous étions tellement pris par ce qu’il nous disait qu’il était quasiment impossible de prendre des notes.
Il ne m’a jamais parlé de Saint-Sulpice… Comme je lui étais très uni, lorsque je lui en ai parlé un jour comme pouvant me convenir, il m’a dit avec le sourire à peu près ceci : « Je le désire avec vous ». Cela ne fut pas bien facile à réaliser : l’évêque de Nantes de l’époque ne voulait pas laisser partir de prêtre de son diocèse pour Saint-Sulpice ! Mais le Père AUDRAIN, supérieur de Versailles, qui avait été autrefois son « père spirituel » est intervenu si vigoureusement auprès de lui, que l’autorisation me fut alors largement accordée. Ayant terminé tous mes cours au séminaire, avant même d’être sous-diacre, me voilà parti à la Solitude, le lieu où étaient formés les futurs prêtres de Saint-Sulpice.
Le responsable en était le Père POURRAT, auteur d’une large histoire de la Spiritualité Chrétienne et d’un ouvrage sur la Théologie Sacramentaire. Il m’a profondément marqué, avec sa voix timide et ses gestes à peine perceptibles. Je fus ordonné sous-diacre et diacre à Paris par le Cardinal SUHARD, puis prêtre dans la banlieue nantaise en raison des bombardements de Nantes, par Monseigneur VILLEPELET.
Pendant deux années à l’Institut Catholique de Paris, j’ai spécialement apprécié le Père OSTY qui m’a fait aimer saint Luc, le Père Robert pour l’Ancien Testament, avec alors, comme père spirituel, le Père de Lapparent très attentif au regard que Rome portait sur ses recherches scientifiques concernant le monde.

Former des prêtres
J’ai commencé mon enseignement dans les séminaires comme professeur de morale à Clermont. J’ai rencontré entre autres un prêtre, choisi comme confesseur, qui m’a marqué : le Père CHORON. Assez âgé, ancien polytechnicien et commandant de marine, chargé de l’Apologétique scientifique, il parlait doucement, mais j’admirais sa profondeur spirituelle.
J’y avais beaucoup de « dirigés » comme on disait alors, dont la plupart d’entre eux sont devenus prêtres. Certains ont quitté le séminaire, mais deux d’entre eux sont restés pour moi de grands amis, très impliqués il est vrai dans divers services de l’Eglise.
C’est aussi à Clermont que j’ai commencé, à la demande d’un vicaire général, le futur Mgr DOZOLME, de donner des sessions de formation théologique et spirituelle pour des religieuses, surtout enseignantes.

Pontigny
Sans m’y attendre, je fus appelé à faire partie de l’équipe de professeurs nommés par Rome pour la réouverture du séminaire de la Mission de France à Pontigny, dans l’Yonne. C’était à l’époque de l’interdiction par Rome des prêtres ouvriers, et l’ambiance était assez lourde. Beaucoup de ceux précédemment prévus avaient pris leur distance. Les 120 présents étaient très exigeants et ne se privaient pas de critiquer les cours, même si on apprenait après qu’ils en faisaient l’éloge à l’extérieur. À Clermont, la distinction entre professeurs et élèves était relativement marquée : à Pontigny, c’était une toute autre ambiance ! Je me souviens aussi d’une visite du cardinal LIÈNART et du Nonce et des quelques mots de ce dernier qui déroutèrent les séminaristes : c’était très tendu… Il fallut une petite chute du cardinal dans le bassin des poissons rouges pour détendre l’atmosphère !
J’étais en même temps curé d’une petite paroisse. C’était une tout autre ambiance que dans mon pays nantais ou à Clermont. L’église était pleine aux Rameaux et à la Toussaint, mais il n’y avait qu’une quarantaine de fidèles à Pâques, et cinq ou six adultes et une dizaine d’enfants les dimanches ordinaires. Je rendais souvent visite à une vieille personne, qui avait même lu Thérèse de Lisieux. Un dimanche où je me présentais pour la voir, sa fille me dit qu’elle était morte, et que pour ne pas me déranger, on l’avait enterré avec le maire !
On m’avait demandé de m’occuper de la J.A.C. dans la contrée : une dizaine, garçons et filles, qui pour se rencontrer faisaient certains 10 ou 20 kilomètres à vélo. J’appréciais leur courage, leur ouverture, les « coupes de la joie »… et j’ai su après les responsabilités qu’ils ont su prendre dans leurs communes.
Le Puy… en passant par Lyon
De Pontigny je suis passé à Lyon comme « adjoint » du supérieur, et pour assurer aux diacres, une vingtaine chaque année, le cours sur les Sacrements heureusement aidé par celui d’un confrère qui avait beaucoup travaillé le sujet. C’était un autre milieu, une autre ambiance, et la joie d’être au service de ceux qui allaient être prochainement ordonnés prêtres. On m’avait alors aussi demandé d’assurer les confessions dans une communauté d’une trentaine de religieuses vietnamiennes. J’y suis resté trois ans.
C’est à ce moment, 1960, que j’ai été nommé supérieur du séminaire du Puy. Au fur et à mesure des besoins par suite de divers changements, j’ai demandé entre autres professeurs, les Pères Jean-Marie RAVEL, Georges BONNET, Claude FEIDT, Charles BONGIRAUD ; j’ose dire, car il ne m’appartient pas d’en juger, une excellente équipe de collaborateurs avec les sulpiciens… Les séminaristes étaient de jeunes motivés, et j’étais en parfaite entente avec Mgr DOZOLME, dont j’ai su que c’est lui, alors nouvel évêque, qui m’avait demandé !
Ensemble, prêtres et séminaristes, nous avons vécu le Concile : Mgr DOZOLME venait nous en parler quand il revenait de Rome. Nous avons aussi traversé mai 68 : nous savions bien ce qui se passait dans le pays et dans la ville, mais, somme toute, le séminaire n’en a pas été troublé.
Les souvenirs les plus marquants pour moi sont les ordinations. Il me souvient toujours de la première, au début de mon séminaire à Nantes : 42 prêtres ! Cela commençait à 8 heures du matin pour finir après 12 h 30 ! Il faut dire qu’à l’époque on célébrait le même jour la Tonsure, les 4 ordres mineurs, le Sous-Diaconat, le Diaconat… et la prêtrise ! C’est toujours une joie, une espérance. On y est témoin de l’action de Dieu qui est la seule source de la vocation confiée. Il nous donne les vocations dont l’Eglise a besoin. N’hésitons pas à les lui demander.
Parmi les ordinations au Puy, je me souviens très spécialement de la première qui a suivi mon arrivée : c’était avant Noël et 7 prêtres y ont été ordonnés. Ce jour-là, il y avait Henri BOURGHEA qui est arrivé à l’ordination en sortant de l’hôpital où sa mère venait de mourir.
Lors des ordinations, je devais répondre à la question de l’évêque : « Savez-vous s’il a les aptitudes requises ? ». C’est toujours avec certains tremblements que j’y ai répondu ! Comment être sûr ?
Nous avons vécu la réforme liturgique, entre autres le passage du latin au français. Cela n’a pas toujours été facile. Nous avions avec nous le Père FAYARD, qui vivait mal ce passage à une nouvelle forme de liturgie : mais je dois dire qu’il m’a toujours laissé faire. De même lorsque je lui avais proposé de donner moi-même un cours d’initiation à la Bible et aux Psaumes pour en donner le goût aux premières années, son cours aux aînés étant assez particulier.
Un don imprévu et très important a permis de restaurer la chapelle, sous la direction de M. KAEPPELIN, architecte. Ce fut le départ de nombreuses découvertes : tombes, amas de squelettes et surtout les restes d’une première église mérovingienne où avait été enterré Mgr de MORLHON, sous l’épiscopat duquel avait été érigée la statue de Notre-Dame de France.

Avec les religieuses
Au Puy, je me suis beaucoup occupé de religieuses, je continue d’ailleurs toujours à le faire. Dès mon arrivée, j’ai été le confesseur de deux noviciats et je donnais des cours à l’inter-noviciat qui regroupait les novices des différentes congrégations du diocèse. J’ai commencé à prêcher des retraites pour religieuses : j’en ai donné certainement plus de 200, sans parler des innombrables récollections que j’ai dû assurer.
Aujourd’hui, il s’agit la plupart du temps de Sœurs âgées. J’aime leur dire que c’est la période la plus féconde de leur apostolat. Quand le Christ fut-il en effet le plus fécond ? Sur la Croix, quand il était empêché de faire quoi que ce soit, si ce n’est de s’offrir à son Père. Il en va de même pour nous.
J’ai été très heureux au Puy : la preuve, j’y suis resté !

La Fidélité
La première qualité me semble être la fidélité, en particulier pour un prêtre : la fidélité à la mission confiée. Depuis l’âge de 11 ans, aux séminaires et en vacances (l’église est à 2 km), j’ai assisté à la messe tous les jours, puis célébré une fois prêtre (sauf 8 jours d’hôpital !), et depuis que je suis sous-diacre je ne crois pas avoir manqué une des heures prévues (jadis en latin, et cela demandait au moins une heure et quart chaque jour) ; en revanche, je ne dirai pas que je priais bien, hélas !
Les missions que j’ai exercées, je les ai reçues, j’ai essayé de les assumer… là encore plus ou moins bien, c’est évident !
Il y a des aspects de ce que je suis qui n’ont pas toujours trouvé à s’exprimer : c’est une détente. J’aime bricoler. J’ai beaucoup travaillé pendant les vacances à l’aménagement de la maison familiale : gros travaux de maçonnerie, d’électricité… et aimé beaucoup participer aux vendanges !

Prier pour les vocations
Comme manière d’œuvrer pour les vocations, on peut certes souvent partir à « la pêche à la ligne », c’est-à-dire interpeller tel ou tel jeune. Quand je m’occupais de l’œuvre des vocations du diocèse du Puy, dont j’étais « le directeur » !!!, nous nous retrouvions de temps à autre en équipe avec des prêtres, des religieuses et des laïcs. J’ai assuré des retraites de jeunes filles en recherche qui n’ont pas manqué de les aider à trouver leur voie.
Mais j’aime rappeler que c’est l’Eglise qui est appelante : le tissu chrétien, les communautés chrétiennes sont essentielles. Si ce tissu s’effiloche, les vocations se font plus rares. Aujourd’hui les pratiquants sont souvent âgés, d’où le petit nombre de vocations sacerdotales et religieuses.
Il est vrai, les personnes âgées peuvent prier. Nous devons tous prier, suivant l’appel de Jésus. La foi profonde qui a marqué la Haute-Loire et la dévotion à la Vierge Marie ont permis de mieux tenir ici que dans bien d’autres diocèses. Il nous faut aujourd’hui être encore plus attentifs à cette importance de la prière, au souci des familles et de la communauté chrétienne.