Mgr William Lori (Baltimore) : l’Ecole Française de Spiritualité

Actualité de l’intérêt de l’École Française de Spiritualité
Par Mgr. William E. Lori, archevêque de Baltimore

(Traduit de l’anglais par J.-M. Brauns, PSS)

[Conférence donnée à la Solitude franco-canadienne, le 28 avril 2017 au St. Mary’s Seminary and University de Baltimore]

Tout d’abord, soyez les bienvenus dans l’archidiocèse de Baltimore. Depuis plus de 225 ans, le séminaire St. Mary’s a été un facteur de vie dans ce premier diocèse du pays, et a grandement contribué au développement de l’Église aux États-Unis . Providentiellement, M. Jacques-André Émery, ce saint homme qui fut supérieur général des Sulpiciens pendant la Révolution française, a décidé d’envoyer des Sulpiciens aux États-Unis ; tout aussi providentiel fut l’accueil que fit l’archevêque John Carroll à M. Nagot, trois autres prêtres et cinq étudiants, à une époque où le diocèse de Baltimore n’avait encore ni séminaire ni séminaristes .

Depuis, le séminaire St. Mary’s a formé la plupart des prêtres de Baltimore et bon nombre de prêtres d’autres diocèses aux États-Unis et au-delà. En 1912, le Cardinal James Gibbons disait à propos des Sulpiciens : « Ce qu’était Mgr. Carroll pour la hiérarchie catholique des États-Unis, les Sulpiciens l’ont été pour le clergé. Carroll fut le modèle de l’épiscopat américain, les Sulpiciens le modèle du clergé . »

J’espère que mes observations sur l’actualité de l’intérêt de l’École française de spiritualité confirmeront ce que le cardinal Gibbons disait il y a si longtemps. En guise d’introduction, permettez-moi de dire un mot sur ma propre « formation permanente » dans votre spiritualité.

Ma formation permanente

Au cours des années 1970, pendant ma formation au séminaire, j’ai découvert l’École française de spiritualité grâce à des cours d’histoire de la spiritualité, de théologie de la liturgie, et par la lecture de Le Christ en ses mystères du bienheureux Columba Marmion. Une appréciation plus profonde date toutefois des années suivant mon ordination.

C’était presque par accident. Au début de mon ministère, j’avais été nommé secrétaire du cardinal James Hickey, alors archevêque de Washington, un ancien du Theological College. Dans le bureau du cardinal il y avait une photo du père Anthony Viéban, qui était supérieur du Theological College entre 1932 et 1944. Le cardinal Hickey gardait un profond respect pour son ancien supérieur de séminaire, grâce à qui il avait acquis une estime durable de l’École française. Au milieu des années 1980, le père Raymond Deville [alors supérieur général des Sulpiciens] rendait visite au Cardinal. J’étais heureux d’entendre le P. Deville parler de ses recherches. À cette époque, ma vie spirituelle était déjà bien marquée par l’enseignement de l’École française.

En 1988, le cardinal Hickey était invité à prêcher les exercices de carême au pape Jean-Paul II et à la maison pontificale. Il avait choisi le thème de « Marie au pied de la Croix » ; le ressort principal de ses interventions était la communion de Marie aux mystères du Christ, surtout à ceux de la Passion, de la mort et de la Résurrection – bien dans la ligne de l’École française. Vous vous imaginez que prêcher une retraite au Pape est une tâche quelque peu intimidante.

Comme il devait préparer vingt-deux conférences en peu de temps, le Cardinal m’a demandé d’aider pour la recherche et la mise en forme. Pendant presque un mois, je n’ai mangé, bu et rêvé que du Bérulle et compagnie. Cette occasion a particulièrement stimulé ma rencontre avec l’École française.

À la fin de la retraite, le pape Jean-Paul II a exprimé son appréciation des méditations du cardinal Hickey en ces termes : « Voilà un concentré de toute la mariologie doctrinale et spirituelle. Voilà le noyau des méditations par lesquelles le prédicateur nous a guidés : ‘Jésus vivant en Marie, venez et vivez en moi’ . » Je m’imagine le sourire de M. Olier et de M. Viéban.

En 2012, peu après mon installation comme archevêque de Baltimore, Mgr. John O. Barres (à présent évêque de Rockville Centre) m’avait donné un exemplaire de son excellente thèse doctorale sur la spiritualité de Jean-Jacques Olier ; cet ouvrage m’a introduit dans les visions de votre fondateur sur la direction spirituelle . Mgr. Barres m’a parlé de l’aide précieuse qu’il avait reçue de la part des pères Terrien et Thayer, qui avaient ouvert bien des portes à sa recherche, et l’avaient introduit auprès de l’archiviste sulpicien Irénée Noye, qui avait joué un rôle crucial dans l’édition critique du Traité des Saints Ordres de M. Olier. Mgr. Barres et moi-même vous sommes vraiment reconnaissants pour l’influence que votre spiritualité a eue sur nos vies et ministères.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, je peux dire en vérité que je vis avec votre spiritualité. Elle est pour ainsi dire inscrite aux murs mêmes de ma résidence. Sa présence est sensible dans les efforts incessants d’Ambroise Maréchal, sulpicien et troisième archevêque de Baltimore, qui a achevé la construction de la cathédrale débutée sous Mgr. Carroll et a fait bâtir la résidence épiscopale où tant d’épisodes de l’histoire catholique des États-Unis se sont déroulés.

Quand j’entre dans le bureau de la résidence et vois le portrait du cardinal Mercier, je me rappelle l’amitié qui le liait tant au cardinal Gibbons qu’à Dom Marmion. Les archives du séminaire et du diocèse, abritées ici même, sont remplies de l’histoire que la Compagnie de Saint-Sulpice a aidé à écrire. Je remercie aussi le Père Thomas Ulshafer pour sa récente publication sur M. Nagot ; ce livre décrit si bien non seulement l’histoire mais aussi l’esprit de la Compagnie quand elle a débarquée sur ces côtes en 1791 pour lancer l’œuvre de la formation sacerdotale . Vous voyez à quel point je baigne dans l’École française !

En gardant à l’esprit tout ce qui a précédé, permettez-moi d’avancer maintenant vers le sujet propre de la conférence, qui est de montrer comment l’École française influence la vie et mon ministère, et pourquoi je pense qu’il faut qu’elle continue d’influencer non seulement la formation sacerdotale, mais encore la mission évangélisatrice de l’Église dans le contexte d’aujourd’hui. Ma méthode sera simple : j’identifierai et décrirai sept principaux aspects de l’École française, pour ensuite élaborer l’influence durable que chacun de ces aspects devrait avoir.

(A suivre)