Sépulture du P. Jean-Jacques Péré, PSS

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Le jeudi 30 avril 2015 nous avons appris dans la soirée le décès du P. Jean-Jacques Péré, PSS (78 ans). Il a été victime d’un arrêt cardiaque pendant son sommeil.
Le jeudi 7 mai ses funérailles ont célébrées à Ramonville, près de Toulouse. De très nombreux prêtres étaient là, entourant l’archevêque qui présidait la célébration et sa famille (ses trois frères, leurs épouses, enfants et petits enfants). Une foule impressionnante de paroissiens et d’amis étaient là aussi. La célébration fut belle, et le portrait que diverses prises de parole ont dessiné peu reflétait bien la vie et la personnalité de notre ami.
Voici le texte de présentation de son parcours prononcé par le P. Jean-Marc Micas, Supérieur de la Province de France des Prêtres de Saint-Sulpice. Il est suivi de l’hommage rédigé par un ancien du séminaire de Toulouse (1985-1989).

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Le P. Jean-Jacques Péré était né le 15 janvier 1937 à Toulouse. La profession de son Père, ingénieur SNCF, a eu plusieurs influences sur sa vie : d’abord quelques déménagements et aménagements dans diverses villes de France, de gare en gare : Rodez à l’âge du collège, Moulins à l’âge du Lycée, Paris pour ses études en Sorbonne et l’obtention d’une licence ès lettres en anglais et une maîtrise en information-communication obtenue en 1962. L’autre influence qu’il avouait volontiers était son attention maniaque au respect de l’heure, à la seconde près, pour tout, partout, tout le temps… La profession de sa mère, sage-femme, a aussi eu une influence sur sa vie : Le P. Péré était un professeur, un formateur, un père qui aimait donner la vie, apprendre à marcher, transmettre, enseigner. Avant d’entrer au séminaire, il a exercé pendant un an son métier de professeur d’anglais. Après une autre année de vie professionnelle dans le monde de l’industrie, il est entré au Séminaire Régional de Toulouse en 1964. Il avait alors 27 ans.

C’est dans la tourmente, ou dans l’ambiance, de 68 que le P. Péré est devenu prêtre de ce diocèse. Il a aussitôt été envoyé dans une paroisse de la rive gauche de Toulouse, le « Saint-Esprit », en équipe avec d’autres prêtres. Il y restera jusqu’en 1972, date de son entrée dans la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice. Son métier et son expérience de professeur et de pasteur vont désormais se déployer dans cette vocation à l’intérieur de la vocation : le P. Péré va devenir formateur de prêtres : il rejoint Paris pour y préparer et obtenir une maîtrise en théologie à l’Institut Catholique, tout en continuant de vivre en ambiance paroissiale, d’un autre genre, à la paroisse Saint-Sulpice, lieu de fondation de la Compagnie au 17e siècle.

De 1974 à 1981 il est au Grand Séminaire de Chamalières, près de Clermont. Il y affute ses armes de formateur de prêtres et met au point les 1ères formules théologiques dont il avait le secret et que nous sommes nombreux à avoir enregistrées pour la vie. En 1981 il revient à Toulouse : au Séminaire Régional (aujourd’hui Séminaire Saint-Cyprien) jusqu’en 2000. Puis, après 26 années passées au service de la formation des séminaristes, le P. Péré poursuit son ministère comme professeur à la faculté de théologie de l’Institut Catholique, responsable du Service Diocésain de la Pastorale des sectes, aumônier de l’Hospitalité Diocésaine Notre Dame de Lourdes, prêtres accompagnateur des Centres de Préparation au Mariage, professeur de théologie au service de la formation des futurs diacres permanents, au service de la formation permanente des prêtres, au service de la paroisse de Ramonville et du doyenné.

Il était un homme intelligent et actif, rigoureux, carré, régulier, « réglo ». Très longtemps sportif, amateur de vélo, de voitures et de musique. Il était un prêtre qui ne ménageait pas sa peine. Il était un formateur de prêtres passionné, et nous sommes nombreux à lui devoir beaucoup. Il était un formateur tout court : il avait une grande admiration pour les laïcs qu’il croisait dans les nombreuses formations, conférences ou sessions qu’il assurait en de nombreux endroits, du diocèse et d’ailleurs. Il admirait la justesse de leur foi, leur courage et leur persévérance à se former, leur générosité au service de l’Eglise et de l’Evangile. Il cachait soigneusement sa très vive sensibilité, sauf avec les animaux avec qui il s’autorisait à être plus démonstratif.

Son départ nous bouleverse. Dans la foi et l’espérance nous rendons grâce à Dieu pour avoir bénéficié de son ministère et de son affection.

Jean-Marc MICAS, PSS

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C’est compliqué de prendre la parole pour parler de Jean-Jacques. Il faut essayer d’éviter toute mièvrerie, tout verbiage, et surtout tout manque de logique, car j’aurais alors l’impression d’entendre à nouveau un de ces soupirs accompagné d’un haussement des yeux qu’il savait si bien faire.

Quand je suis entré au séminaire des teinturiers en 85, JJP était un mythe. Un mythe respecté, admiré, mais aussi entouré d’une certaine crainte. Il faut dire que tout ce que l’on pouvait faire avec Jean-Jacques, les cours, la vaisselle, le chant, la préparation des offices, tout devait être fait en s’investissant à fond, car, « c’est pas parce qu’on est chrétien qu’il faut pas avoir de poil aux pattes, les gars…. » et « les branlottins et les rigolos, c’est pas avec ça qu’on fait des chrétiens ». Pour JJP, la notion de devoir d’état n’était pas un vain mot !

De ces quatre ans de compagnonnage, je voudrais surtout évoquer le grand enseignant qu’il était, et qui aujourd’hui encore dans ma vie de prof de maths reste un modèle.
Que ce soit pour un cours, un topo spirituel, un sermon, il préparait longuement le sujet, le remâchait, il lisait, réfléchissait. Il avait une haute idée de sa mission d’enseignement : « j’essaye de viser à la cohérence, d’éviter le baratin de curé : à la douane on peut passer coffre fermé et dire n’importe quoi. J’essaierai de dire ce qu’il y a dans le coffre. » Cette exigence produisait des exposés clairs, rigoureux et précis, toujours présentés avec beaucoup de pédagogie. Avant de nous guider dans l’étude d’une affirmation du credo, il préparait le terrain, resituait les grandes questions, leur histoire, le contexte, l’évolution.
Il avait le don de l’image frappante, de la formule choc, de la métaphore lumineuse. J’en ai noté beaucoup en marge de ses cours, je les relis parfois pour le plaisir. Il faut dire que sous son air sévère se cachait un homme plein d’humour : « le prêtre est à l’évêque ce que le mulet est au cheval, il ne se reproduit pas. » , « la virginité de Marie c’est pas de la gynécologie, c’est de la théologie ! » , « les pharisiens, Dieu, ils l’ont mis dans les tribunes, il ne lui reste plus qu’à applaudir », « les prêtres ont un organe en plus : leur sacerdoce », « l’évangile c’est pas une histoire pour enfants de choeur ou pour vieille demoiselle » .

La devise médiévale « fides quaeres intellectum », sous sa houlette, nous l’avons expérimentée. Avec lui, il fallait réfléchir, être rationnel, comprendre le dépôt de la foi et surtout pas le gober béatement. Son discours était carré, précis, architecturé et pourtant ses propos étaient aussi pleins de finesse, de nuance, d’émerveillement, il était capable de formules comme « le bébé c’est le fruit de la poésie ».
Il restait toujours d’une grande humilité : « Ce que je dis, c’est du Hans Urs Von Balthasar, revu et corrigé, en culottes courtes ». Quand il ne se sentait pas compétent, il l’avouait : « je ne suis guère ferré à glace sur ces questions-là »
Ses propos les plus abstraits, l’analyse de Dei Verbum par exemple, étaient toujours reliés à la vie du monde et de l’Eglise, d’ailleurs il ne manquait pour rien les informations. Ce monde contemporain l’agaçait fortement : « Faute d’adorer Dieu, on adore un coffre-fort ou une paire de fesses », « On marche sur la tête ! ». Certains de ses propos semblent aujourd’hui presque prophétiques : « On a l’impression que bientôt on va faire couver des hommes par des vaches ou des lapines », mais néanmoins « malgré la connerie humaine, qui est une constante, l’amitié de Dieu est pour tous et pour toujours. »
Il émaillait aussi ses interventions d’apophtegmes pleins de sagesse que ses auditeurs recevaient avec des sourires entendus : « Qui bouffe du pape en crêve » , « Pour voir clair, il faut avoir des lunettes propres », « les carpes ne font pas des lapins », et bien sûr des comparaisons automobiles, un de ses domaines de prédilection : « On ne vérifie pas s’il y a de l’huile dans le moteur, mais quand le moteur explose, il faut pas accuser Dieu ! »

Quand on sortait d’un de ses cours, on se sentait plus intelligent, mais on était aussi humainement et spirituellement nourris, car finalement, plus qu’un enseignement magistral, il nous partageait, avec générosité, ce qui le faisait vivre. Il témoignait de ce Seigneur Jésus qui l’avait pris aux tripes et à propos duquel il avait des paroles de feu. « Jésus c’est un homme, ni Matamore ni Zorro, c’est bon pour le cinéma. C’est pas non plus un Tartuffe. D’ailleurs les tartuffes et les pisse-vinaigre le traitent de glouton. Jésus, c’est un homme réel, et un homme réel, c’est fragile, et ça se casse. »

Pour cet homme droit, courageux, généreux, rendons grâces au Seigneur.
Pour ce pain de la parole tant de fois partagé, avec les laïcs de l’IERP, avec les séminaristes, en paroisse, dans des retraites, rendons grâces au Seigneur.
Pour cet ouvrier de la moisson qui ne comptait ni son temps ni son énergie, rendons grâces au Seigneur.

Jean-Luc PLANET

PS : Jean-Jacques, tu nous a dit un jour « le plancher des vaches, c’est pas la terre, mais le ciel ». Te voilà parti vers ce vrai « plancher des vaches ». A l’heure qu’il est tu as sûrement pu y rencontrer la jeune fille de Nazareth dont tu parlais si bien, celle qui était née « avec le compteur à zéro ». Ressemble-t-elle à la jeune bédouine hâlée dont tu avais la photo dans ton bureau ? T’a-t-elle confirmé qu’elle ne se laissait pas vendre une brebis malade quand elle allait au marché ?